Georges Baghdi Sar - My Tannour - restaurateur - succes - cuisines
Georges Baghdi Sar - ©SimonDeBacker
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Georges Baghdi Sar de My Tannour: « J’ai fait beaucoup de sacrifices pour arriver où je suis »

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Georges est presque devenu une personnalité dans le secteur de l’Horeca. Entre ses cinq (presque six) restaurants My Tannour, C’Chicounou, ses restaurants Oriento et son atelier, le trentenaire a du pain sur la planche… Et c’est le cas de le dire, car le pain fait maison (Tannour) est la spécialité de sa chaîne de restaurants. 

Comment es-tu arrivé dans le monde de l’Horeca?

Je suis né en Syrie et suis arrivé en Belgique quand j’avais onze ans avec ma famille. J’ai commencé à faire des petits boulots, toujours dans l’Horeca parce que j’aimais bien ce métier. Puis mes parents ont ouvert un restaurant, puis un snack libanais… Je les aidais après l’école et pendant les week-ends. Quand mes amis allaient jouer, moi j’allais travailler. On n’avait rien à l’époque et parfois je mangeais un bête paquet de chips au sel à midi. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai dit à mes parents que je voulais faire l’école hotellière de Namur. Ma mère ne voulait pas au début, parce qu’elle ne voulait pas que je doive travailler dur comme eux. C’est là que je lui ai dit: « je vais faire ce que vous faites, mais en mieux ».

Es-tu chef ou businessman ?

Je n’aime pas ce mot, mais c’est vrai que je suis le second. J’ai commencé comme chef après mes études, en faisant des stages dans plusieurs restaurants, parfois étoilés. A mes 21 ans j’ai ouvert mon premier restaurant. Ensuite j’ai continué, petit à petit, à acheter des établissements et à en faire des Horeca. C’est quand j’ai été nommé au Gault&Millau que ça a commencé à prendre de l’ampleur. Maintenant j’ai bientôt six My Tannour et plusieurs autres restaurants, donc je n’ai plus le temps d’être en cuisine. Un jour, j’aimerais bien ouvrir le premier restaurant syrien étoilé, quelque chose de gastronomique, ou je serais à nouveau en cuisine.

Georges Baghdi Sar - My Tannour - restaurateur - succes - cuisines
Georges Baghdi Sar – ©SimonDeBacker

Comment passe-t-on de zéro au top comme toi?

Je pense que tout le monde peut y arriver, mais c’est un choix. C’est énormément de sacrifices pour arriver là où je suis aujourd’hui. Ça fait 20 ans que je travaille et j’estime ne toujours pas avoir atteint mon but. Il faut du temps et des sacrifices, mais je remarque que beaucoup de jeunes aujourd’hui veulent tout, tout de suite. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Tout devient possible si tu aimes ce que tu fais et que tu es prêt à passer moins de temps avec ta famille, moins dormir, rêver de travail, avoir du stress parce qu’il faut payer les factures…

As-tu dû faire des sacrifices que tu regrettes ?

Non, parce que j’aime ce que je fais. Des sacrifices, j’en ferai encore, parce que je sais qu’un jour j’y arriverai. Mon travail c’est ma vie. Je ne le fais pas pour l’argent, mais parce que je suis cuisinier et entrepreneur.

Et financièrement ?

C’était la galère au début. Mes parents ont emprunté de l’argent à mon oncle pour mes études, puis à une cliente de leur snack. Grâce à ça, et au fait qu’on travaillait super dur, mes parents ont pu prendre un crédit et rembourser leurs emprunts. Pour mon premier établissement, j’ai utilisé mes économies – l’argent que je mettais de côté depuis mes onze ans, et mes parents m’ont aidé. Ensuite, j’ai investi l’argent que j’avais dans mes établissements. Petit à petit ça a commencé à marcher et j’ai mis de l’argent de côté et j’ai pu faire appel aux banques etc. Je me suis vraiment construit de zéro, avec l’aide de ma famille.

Georges Baghdi Sar - My Tannour - restaurateur - succes - cuisines
Georges Baghdi Sar – ©SimonDeBacker

Tu dis ne pas encore avoir atteint ton but, mais ou voudrais-tu arriver ?

Le problème c’est que j’ai parfois trop d’ambition. Mes proches me le reprochent parfois. « Georges, tu n’as pas de limites, quand vas-tu t’arrêter ? ». Ils ont raison, je n’ai pas de limites. J’ai envie d’ouvrir un syrien étoilé, de m’étendre en Belgique et que My Tannour devienne une chaine de restaurants internationale.

C’est ambitieux. Comment arrives-tu à garder les pieds sur terre malgré ta success-story ?

Un jour, mon père m’a dit: « L’argent c’est un cercle: aujourd’hui tu l’as, demain tu ne l’as pas. On se souviendra de ta réputation et pas de ton argent. » Il a raison, alors j’ai tout fait pour que les gens me respectent pour qui je suis et non pas pour ce que j’ai. Je vis ma vie tout à fait normalement et si on ne me le rappelle pas de temps en temps, j’oublie presque tout ce que j’ai déjà réussi à faire.

Une journée dans ta vie ça ressemble à quoi ?

Je suis partout moi. Je me réveille et je vais déposer mes enfants. Ensuite, je vais à l’atelier de production, dans mes établissements, voir des fournisseurs, discuter avec les responsables de restaurants, je vais voir le chantier pour mon nouveau My Tannour… Sans oublier les 300 appels que je reçois par jour et ma vie de famille. Le soir je repars chercher mes enfants, je les couche et je retravaille jusque 2 ou 3 heure du matin. Le lendemain à 6 heure, on recommence. Mais les jours ne se ressemblent pas. Parfois je reste sur Bruxelles, parfois je suis sur la route pour rencontrer d’éventuels nouveaux fournisseurs. Ça change, mais j’essaie d’être partout et au courant de tout. C’est génial parce que je ne m’ennuie pas et que je le fais par passion. Quand on a de la passion, on se rend compte que l’Horeca est vraiment un beau métier.

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