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Dossier l’écailler – un investissement gagnant IV

Les coques

La coque est l’un des bivalves les plus abondants de la façade Atlantique. Elle est présente des côtes danoises aux rivages marocains. Elle fait l’objet d’une exploitation intensive menée par des pêcheurs à pied. L’activité de pêche professionnelle est assujettie à des réglementations spécifiques (saison, nombre de jours de pêche autorisés, quota journalier par pêcheur…). La maturité sexuelle est atteinte lorsque la coque mesure environ 2 à 3 cm. La taille commerciale de la coque de pêche est fixée à 2,7 ou 3 cm selon les secteurs.

Les coques pêchées en France, Pays-Bas et Royaume-Uni sont commercialisées par l’intermédiaire des mareyeurs locaux qui les destinent au marché intérieur ou les exportent vers l’Espagne, où elles sont essentiellement vendues à l’industrie de la conserve, avant de repartir vers les autres pays européens pour leur consommation.

26 125 tonnes de coque ont été pêchées en Europe en 2015.

  • En France, entre 100 et 400 tonnes de coques sont pêchées annuellement.
  • En Belgique, la coque est peu consommée et très peu pêchée.
  • Aux Pays-Bas, la coque est pêchée à la drague avec des mesures de gestion prenant en compte le prélèvement par les populations d’oiseaux.

En France, depuis une vingtaine d’années, les coques font l’objet de grossissement dans la région du Croisic. Des juvéniles sauvages sont récoltés puis semés. La récolte des coques de taille commerciale intervient 10 à 15 mois après l’ensemencement. La production française de coques d’élevage avoisine 1 500 tonnes par an : elles sont principalement commercialisées entières vivantes.

Ce modeste coquillage, considéré par certains de moindre valeur gustative que les autres petits bivalves, mérite pourtant l’attention des consommateurs. Bien travaillé, il devient un ingrédient de qualité pour des préparations raffinées.

Coquille Saint-Jacques

Les coquilles Saint-Jacques européennes Pecten maximus consommées en France sont issues de gisements localisés autour des Îles Britanniques. Elles peuvent également provenir du golfe de Gascogne (Glénan, baie de Quiberon, Pertuis charentais). Plus rarement, elles sont récoltées à la main toute l’année autour de l’Île Hitra, en Norvège, en Écosse et en Bretagne. Par ailleurs, de nombreuses autres espèces de pectinidés approvisionnent le marché européen sous la forme de « noix de Saint-Jacques » congelées :

  • Zygochlamys patagonica, pêchée depuis 1996 au chalut de fond en Argentine ainsi qu’en Uruguay. La maturité sexuelle de cette espèce est atteinte à 2 ans. La taille minimale de commercialisation de 55 mm correspond à l’âge de 3-4 ans.
  • Placopecten magellanicus ou Peigne géant des États-Unis et du Canada, est une coquille de pêche (drague, chalut de fond) dont les stocks sont fortement exploités. Elle est répartie sur deux sous stocks : Georges Bank et Mid Atlantic Bight. Cette espèce est généralement exploitée par un système d’assolement (certaines zones sont laissées en « jachère » entre 2 périodes d’exploitation). La gestion de la ressource prévoit un accès limité à la pêcherie et son contrôle est strict.
  • Au Pérou et au Chili, Argopecten purpuratus est élevée en pleine mer dans des fermes aquacoles.
  • Deux pectinidés que l’on retrouve sporadiquement sur nos marchés proviennent d’Asie.
  • Mizuhopecten yessoensis est produite au Japon.
  • Mimachlamys crassicostata, provient du Vietnam où l’état des stocks n’est pas connu.

Praire

Coquillage caractéristique avec des stries profondes sur sa coquille très ronde, la praire est emblématique de la presqu’île du Cotentin. La maturité sexuelle est atteinte à 2 ou 3 ans. La longévité de la praire est remarquable : elle peut dépasser 15 ans. La taille minimale de commercialisation est de 4 cm (4,3 cm en rade de Brest).

Ce petit coquillage est principalement pêché en hiver. Plus de 90 % des débarquements dans le golfe normano-breton ont lieu entre septembre et avril. Le stock de praires a fléchi de manière importante depuis les années 80. Sans avoir regagné le niveau des années 70, le stock du golfe normano-breton n’est pas considéré comme menacé.

Le bivalve est pêché par une drague spécifique appelée drague à praire. Celle-ci pèse plusieurs centaines de kilos. En raclant les fonds, elle peut avoir une incidence sur les écosystèmes marins. Les deux tiers de la production sont vendus sous la criée de Granville sur une production nationale de 500 à 600 tonnes annuelles, faisant de ce petit port normand la capitale européenne de la praire.

Langoustine

La langoustine mesure entre 10 et 20 cm et vit à des profondeurs très variables allant de 20 à 800 mètres.

Ce crustacé vit sur les sols meubles vaseux et vaso-sableux, dans lesquels la femelle peut construire un terrier qu’elle ne quitte que pour aller se nourrir ou s’accoupler. Les langoustines se reproduisent pendant les mois d’août-septembre puis la femelle porte ses oeufs pendant 10 mois. Dans le golfe de Gascogne, les mâles acquièrent leur première maturité sexuelle lorsqu’ils mesurent 8,7 cm (26 mm de taille céphalothoracique), les femelles l’acquièrent à environ 7,5 cm. Les mâles peuvent vivre jusqu’à 10 ans tandis que les femelles ont une croissance plus lente et peuvent atteindre 20 ans.

Plusieurs stocks distincts

  • La zone de la mer Celtique est exploitée par les chalutiers de fond français, irlandais et britanniques ; le banc de Porcupine est également exploité par des navires espagnols. En France, ce sont des armements basés au Guilvinec, Concarneau et Lorient qui participent à ces pêcheries polyvalentes associant poissons et langoustines. Selon les données scientifiques, le système de gestion à l’échelle régionale n’assure pas une gestion cohérente des différents stocks qui composent la zone mais les stocks sont exploités conformément au Rendement Maximum Durable. Les TAC 2018 sont fixés à 29 091 tonnes pour la zone CIEM VII partagées entre le Royaume-Uni, l’Irlande, la France et l’Espagne.
  • Après avoir été fragilisé ces dernières années, les scientifiques estiment que le banc de Porcupineest exploité actuellement de manière durable. Cette zone fait l’objet, depuis 2010, d’une fermeture de pêche au printemps, pour limiter l’exploitation des femelles. Pour 2017, le CIEM estime des possibilités de captures à hauteur de 3 100 tonnes pour cette zone.
  • La zone du golfe de Gascogne est exploitée quasi exclusivement par les chalutiers de fond français. La population de géniteurs est estimée stable, et la gestion du stock est conforme au Rendement Maximum Durable. Le golfe de Gascogne est la première zone d’approvisionnement du marché français. Depuis 2002, les pêcheurs français se sont fixés des règles plus contraignantes que ne l’exige la réglementation européenne : une licence limitant le nombre de navires participant à la pêcherie, une taille minimale de capture supérieure (90 mm au lieu de 70 mm en Europe), l’expérimentation et la généralisation progressive d’engins plus sélectifs, aussi bien pour la protection des juvéniles de la langoustine que du merlu qui constitue la première prise accessoire de cette activité. Les travaux sur l’adaptation de dispositifs d’échappement des merlus et sur la survie des rejets de langoustines hors taille se poursuivent.
  • Plusieurs stocks de langoustines situés dans les eaux écossaises sont exploités par des caseyeurs et des chalutiers écossais. La plupart de ces stocks subissent un niveau d’exploitation durable.
  • La mer du Nord abrite neuf stocks distincts de langoustine. Le CIEM recommande une gestion à l’échelle de chacune des neuf unités fonctionnelles. Le TAC européen s’élève à 24 518 tonnes en 2018 partagées entre le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark, l’Allemagne et la France. Les prises accessoires de cabillaud sont estimées importantes en raison d’une taille de maille de 80 mm pour cibler la langoustine.

Tourteau

Tout en rondeur, dans sa grosse carapace chamois toute lisse, ce crustacé de la famille des décapodes est le plus courant des crabes du marché européen. La femelle atteint sa maturité sexuelle vers l’âge de 3-4 ans, alors qu’elle mesure environ 14 cm.

Elle cesse de s’alimenter pendant la période d’incubation de ses oeufs, s’enfouit dans un sédiment sableux ou sablo-vaseux et devient alors quasi inaccessible à la pêche de mi-novembre à mi-avril. Son alimentation se compose de petits mollusques (moules, couteaux), de petits crustacés et de poissons. On lui prêterait le surnom de dormeur pour la posture caractéristique qu’il prend quand il est sur le dos : il replie ses pattes et ne bouge plus.

Ce surnom serait également expliqué par son côté plutôt sédentaire. Si cela est vrai pour le mâle, la femelle adulte, quant à elle, trotte sur le fond de l’eau et peut parcourir 150 km en un an. En Manche Ouest, ces déplacements sont majoritairement orientés d’Est en Ouest.

Forte pression de pêche

Les populations de tourteaux ne sont pas connues de manière exhaustive. Cependant, à la lumière des éléments disponibles, il semblerait que :

  • Au Royaume-Uni, les stocks sont pour la majorité proches voire un peu au-dessus du Rendement Maximum Durable (RMD), sans que le niveau de recrutement soit affecté. Quelques stocks sont néanmoins surexploités et cette forte pression de pêche affecte le niveau des reproducteurs.
  • Les populations irlandaises suscitent quelques inquiétudes liées à un effort de pêche qui serait trop important ; une réduction de la mortalité par pêche est recommandée.
  • En France, les populations de tourteaux présentent une stabilité globale depuis une vingtaine d’années. Lorsque l’espèce est ciblée, la pêche est assujettie à la détention d’une licence. Le nombre de casiers est limité : il ne doit pas dépasser 200 par homme ou 1 200 par navire. Enfin, les crabes dits clairs ou blancs, c’est-à-dire de mue récente, sont interdits au débarquement.

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